Abbaye de Saint-Victor

L’Abbaye de Saint-Victor … de Marseille.

C’est à l’initiative du moine Jean Cassien que fut fondée, au début du IVe siècle, une abbaye, sur l’emplacement d’un vaste cimetière devenu nécropole chrétienne, rive sud du Lacydon.

Saint Victor, martyr sous la persécution de Dioclétien (304), donnera son nom à la célèbre abbatiale. Ruiné par les Sarrasins, le monastère fut restauré à l’instigation de l’évêque Honorat, qui y installa une communauté de moines bénédictins en 977. La nouvelle abbaye, voulue par l’abbé Isarn, sera consacrée en 1040. Reconstruite par Hugues de Glazinis au XIIIe siècle, elle fut agrandie et fortifiée en 1365 par Guillaume Grimoard de Grissac, abbé de Saint-Victor, devenu pape sous le nom d’Urbain V. Lors de la période révolutionnaire, les bâtiments conventuels seront rasés, notamment le cloître, et l’église servira d’entrepôt de fourrage avant de rouvrir sous le Concordat, devenant ainsi la paroisse Saint-Victor.

Les orgues successifs
En 1630, les frères Dominique et Gaspard Eustache, facteurs d’orgues de la ville de Gap, livrèrent un orgue de 16 jeux, répartis sur 2 claviers de 48 notes avec pédalier de 12 notes, installé sur une tribune du transept : le double buffet, avec son positif, fut décoré d’une polychromie rehaussée de dorure. Restauré en 1648 par le facteur Charles Royer, cet orgue va bénéficier, à partir de 1673, de travaux de réparations et d’augmentations réalisés par André Eustache, troisième de la fratrie.
Après des réparations effectuées en 1746 par Micot, c’est à Pierre Duges que sera confiée, en 1763, la construction d’un nouvel instrument comportant 3 claviers manuels avec pédalier, le buffet étant réalisé par le menuisier Rigon. Pierre Duges sous-traitera la fabrication des tuyaux d’étain à Guillaume Monturus (auteur de l’orgue de l’église Saint-Ferréol). Toujours dans le transept, le nouvel instrument sera terminé en 1771 et régulièrement entretenu jusqu’à 1790, avant de disparaître définitivement lors de la vente des biens nationaux de 1792.

Un nouvel instrument au XIXe siècle
Il faudra attendre le 20 janvier 1840 pour assister à l’inauguration du nouvel orgue construit par le facteur lyonnais Augustin Zeiger, placé sur une tribune neuve en fond de nef : incomplet, l’instrument ne sera achevé qu’en 1844, avec son clavier de positif de dos ainsi qu’un clavier d’écho. En 1868, un remaniement total de l’instrument est envisagé, tel que le propose le facteur toulousain Théodore Puget. Mais la guerre de 1870 mettra un terme à ce projet.
C’est au facteur marseillais François Mader que le Conseil de Fabrique s’adressera, en 1875, pour la commande d’un grand orgue de tribune et d’un orgue de chœur. Si quelques jeux neufs viennent s’ajouter à la tuyauterie existante de Zeiger, l’orgue est réduit à deux claviers avec grand Récit expressif, comme il est alors de coutume. Quant au positif de dos, son buffet et sa partie instrumentale serviront pour le nouvel orgue de chœur (lequel sera remplacé par un instrument neuf, toujours de Mader, en 1890, le facteur revendant l’ancienne partie instrumentale à la collégiale de Briançon. Cet orgue de chœur quittera Saint-Victor en 1949 pour être transféré en l’église de Saint-Marcel).
En 1964, les établissements Dunand de Villeurbanne entreprennent une importante restauration avec recomposition sonore et founiture d’une nouvelle console, l’harmonie étant confiée à Pierre Chéron.

Une reconstruction totale
Suite aux dysfonctionnements progressifs au niveau de la transmission, il fut décidé, en 1973, une reconstruction totale de l’instrument, confiée à la même maison Dunand, avec restitution d’un buffet de positif de dos réalisé par l’entreprise Foix de Marseille, tandis que la décoration du grand buffet est due à Didier Godel. La nouvelle composition comporte 50 jeux, répartis sur 4 claviers/pédalier (console en fenêtre) avec notamment un plan de trompettes en chamade, c’est à dire horizontale en saillie du buffet. Orgue de synthèse, à transmission mécanique et tirages de jeux électriques, le nouvel instrument peut servir un large répertoire et particulièrement la musique polyphonique et les maîtres classiques français. Le dernier relevage datant de 1988 (par Pascal Quoirin), le grand orgue de Saint-Victor va bénéficier de travaux de réparations à partir de cette année 2012, à la charge de la Ville de Marseille.

Jean-Robert Cain
Chargé de mission orgues – Ville de Marseille
Extrait du site du Diocèse

L’Abbaye de Saint-Victor et son orgue de 50 jeux

Les commentaires sont fermés.